Le Blog du Chef de L’Entreprise


le gribouilli sur la feuille de l’inconnu
août 12, 2008, 4:00
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Il est descendu de l’avion en même temps que moi. Sans bagage. Seulement une feuille avec des gribouillis dessus dans les mains. Et un air perdu, touchant presque. Il m’a dépassé et est passé avant moi aux douanes. Il n’avait rien à déclarer. Moi non plus d’ailleurs. Ma curiosité m’a poussé à le suivre à distance. Il avançait rapidement, comme investi d’une mission. Les derniers contrôles de sécurité passé, j’apperçu ma copine qui m’attendait, assise sur un banc. Je m’arrêtai pour la regarder, ces 3 mois d’exil à l’ambassade de Copenhague m’avait empêcher de le faire. Je l’ai trouvé belle. Encore. Même après toutes ces années. Elle ne me vit pas. Et l’homme de l’avion s’arrêta devant elle. Et tendit la feuille. Elle releva la tête et prit lentement le papier, qu’elle lut avec intérêt. Lorsqu’elle baissa la feuille, elle regarda l’homme, les yeux pleins d’eau. Elle se leva, prit sa main. Je restai interdit, fasciné. Pendant de longues secondes, elle pleura en silence devant lui. Lui pleurait peut-être, mais puisqu’il était de dos, je ne le vis pas. Puis, lentement, elle s’approcha de lui et l’embrassa sur la bouche. Un baiser amoureux dans un aéroport. Tout ce qu’il y a de plus normal. Et avant même que la jalousie puisse m’envahir, c’était terminé. Elle s’était rassi et l’homme était reparti, les mains vides. Il se perdit dans la foule comme il en était sorti. Ma douce resta sur le banc, la feuille à la main, les yeux rougis. Elle m’annonça, ce soir-là, que nous attendions un enfant. Elle était heureuse. Moi aussi. Je ne sais pas si elle garda la feuille remplie de gribouillis de l’homme mais je ne la lu jamais. Et je ne l’ai jamais questionné sur cet étrange évènement. Elle perdit l’enfant quelques semaines plus tard, probablement à cause du stress qu’une autre affectation à l’étranger provoqua. À Oslo. Je l’aime toujours autant et j’ai très hâte de la voir. Je prends l’avion demain pour le pays. J’ai une affectation dans la capitale. Nous projetons d’avoir un enfant.



scaphandre
août 12, 2008, 2:16
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Entouré de mes amis, je regardais dans le vide, devant moi, stoïque. Me demandant si j’avais vraiment l’air aussi con que je pensais que j’étais.

“Probablement” que quelqu’un a répondu. C’était pas adressé à moi, mais je l’ai quand même pris pour du cash.

J’ai cartographié les liens qui nous unissent, mes amis et moi. Je suis de plus en plus casanier et l’envie de voyager me prend de moins en moins souvent.

Dans mon salon ou sur ce patio, je ne me meus plus. Je ne réagis plus. Assis dans mon scaphandre, je n’ai de place que pour moi, mon ego et ma misère outrageusement plurielle. Normale. Une misère qui ne mérite pas d’être partagée tant elle est Banale.

Elle ne mérite surtout pas d’être couchée sur papier. Et c’est tant mieux que mon imprimante soit à court d’encre. Comme ma main.

Facile. Collégien. Moi, un adulte qui se plaint si facilement.

Anodin.

Désolé.

Pour le cliché.



août 12, 2008, 1:59
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J’ai échappé une poignée de monnaie par terre. Me suis penché. Resté là une éternité, indécis. Sur le trottoir désert, juste devant mon char. C’est dans des moments comme ça que la solitude nous frappe en plein visage.



août 12, 2008, 1:56
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une metaphore

c’est ne jamais regarder

les yeux de l’autre



Le lien
août 12, 2008, 1:53
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Je m’en étais rendu compte graduellement. De vague impression au départ, c’était devenu une évidence qui me foutait en l’air: le lien télépathique était perdu. Ça ne pouvait signifier qu’une seule chose, qu’elle était morte.

Ça semblait impossible. Comment a-t-elle pu mourir sans que je le sache, sans que je le sente ou que je le rêve? Un lien si fort, si pur que le shaman avait dit.

Ce shaman qui avait pris nos mains et qui les avait unies, sous un ciel étoilé de juillet. Il avait dit quelque chose d’incompréhensible, quelque chose de beau, puis une étoile filante, grosse, lente, était passé au-dessus de nos têtes.

Le shaman avait dit qu’on s’aimerait jusqu’à que la mort nous séparerait. Qu’on serait uni jusqu’à ce qu’on meure. On était plus ensemble depuis un an.

N’empêche que j’y croyais moi, à ce lien. Je rêvais à elle la nuit, et la journée aussi. Quand je faisais l’amour à d’autres, c’est à elle que je pensais. Quand elle le faisait avec d’autres, je sentais qu’elle pensait à moi.

Donc, elle ne pouvait qu’être morte, je ne sentais plus rien.

Deux jours après cette épiphanie, je l’ai vu en marchant dans la rue. J’ai couru jusqu’à elle.

“T’es vivante”

“Bien oui”

“Je croyais que tu étais morte, je sentais plus le lien et je croyais que tu était morte”

Elle m’a regardé. Un regard plein de d’autres choses que de l’amour. Un regard vide.

“Comment ça se fait que le lien est pu là?”

“Je t’ai oublié, c’est tout”

Et elle est repartie. Bien vivante. J’aurais presque mieux aimé qu’elle soit morte. Ça aurait été plus facile, probablement…..

Et puis ça m’est venu. Il n’y avait pas de lien. Mon père m’a dit un jour: “Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous”. C’est plutôt l’inverse. Juste du hasard, souvent des mauvais hasards.

Comme celui d’être au même endroit qu’un indien qui a pompé trop de gazoline, ou de colle.



Ulysse, partie 2
août 11, 2008, 3:05
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La réalité de mon échec de ne pouvoir convaincre mes parents à me laisser me faire recoller les oreilles me revenait malheureusement à chaque jour, puisque Rémi, de son côté, attendait impatiemment les opérations qui étaient supposées lui redonner une démarche normale. Je n’étais pas jaloux. Je l’enviais, évidemment, mais je lui souhaitais très fort qu’il puisse l’avoir, son opération. Rémi et sa maman ne l’avaient pas eu facile. Surtout sa monoparentale de maman. Une brave femme. Plus jeune, ils étaient allés voir le Meilleur Pédiatre du Québec. La consultation avait duré deux minutes.

Maman de Rémi :- Bonjour, c’est parce que mon fils marche sur le bout des pieds.

Meilleur pédiatre du Québec :- Bon, marche un peu voir.

Rémi marche un peu.

Meilleur Pédiatre du Québec :- Lève ton pantalon.

Rémi lève son pantalon. Le docteur touche le tendon.

Meilleur pédiatre du Québec :- Vous venez du Saguenay, vous?

Maman de Rémi :- Oui.

Meilleur pédiatre du Québec :- Je touche pas à ça, dystrophie musculaire.

Maman de Rémi qui pleure; fin de la consultation. Rémi et sa mère s’étaient retrouvés en pleine tempête de neige, dans un pied de sloche et à 250 kilomètres de chez eux avec un diagnostic d’une maladie héréditaire grave. Comble du malheur, Rémi avait échappé Lapinot, son toutou, et lui avait brisé son petit nez rose. Les deux pleuraient. Maman, parce qu’elle imaginait son fils en chaise roulante avant la fin de sa puberté, et fiston parce que les miettes du nez de Lapinot se retrouvaient éparpillées et introuvables dans la tempête.

Plus tard, un deuxième avis avait rassuré La maman de Rémi et un nouveau nez avait été tricoté pour Lapinot. Donc, après l’opération qui redonnerait sa stature à Rémi, tout le monde serait guéri. Le nez de Lapinot, les tendons de Rémi et le cœur de la pauvre maman. Mais moi, je ne trouvais pas de solution à mon problème.

_____

Un jour, feuilletant une encyclopédie médicale, j’étais tombé sur la méthodologie de la procédure. Même sans expérience en chirurgie (mes peluches d’enfance ne comptant pas vraiment), l’opération m’avait semblé tout ce qu’il y a de simple. Une incision, un bout de peau qui part et on recoud. C’était, à la limite, comme aider ma mère à faire ses raviolis, le comestible en moins. Si ce n’était de la douleur, je pourrais le faire moi-même, me disais-je. Si ce n’était de la douleur… Il y avait aussi les cheveux, trop longs, qui finiraient pas infecter la plaie. C’est connu, il faut toujours que l’aire de l’opération soit aseptisée, rasée, bref, sans rien pour infecter. Ironiquement, je faisais bien attention de garder mes cheveux longs, au grand malheur de ma mère évidemment, dans l’espoir de camoufler mes oreilles. Mais, de toute manière, ça ferait mal, donc je ne voyais pas pourquoi je continuerais à y penser. La solution ET la motivation me vinrent le 29 mars, jour du onzième anniversaire de Flo.

Pour célébrer l’apparente et déjà bien installée puberté de mon amie au buste balistique, une belle et grande fête avait été donnée dans l’opulente maison des Gendron (le vrai nom de Flo étant Florence Gendron-Paillette). Une vingtaine de mes compagnons de classe étaient présent : Rémi, évidemment, mais surtout Tommy, qui avait pris le contrôle de la fête. Les parents avaient gentiment été évincés du sous-sol, gracieuseté du seul propriétaire de quatre roues de toute l’école. L’excitation d’avoir été laissé seuls était palpable : notre premier party de grands. Je m’amusais à massacrer Éric, le rouquin du groupe, dans une partie d’échec que même un aveugle aurait eu une facilité inouïe à gagner. Un party de grands, c’était plutôt chiant. Alors que je finissais une esquisse de chien avec quatre pions et deux fous, ma seule réelle distraction tant le combat était gagné d’avance, Rémi m’interpella par derrière et me chuchota à l’oreille un scoop du tonnerre.

Rémi :- Tommy a amené une bouteille d’alcool presque pleine.

De l’alcool. Évidemment, Tommy avait amener de l’alcool. Et probablement même avec l’approbation parentale. Un Père qui donne un VTT à son fils de 11 ans se doit d’être assez irresponsable pour lui donner fièrement une bouteille de mauvaise vodka en lui disant d’aller devenir un homme. Probablement le genre à féliciter chaudement son fils après une bataille de cours d’école. Le Quatre roues devait être la récompense pour le premier KO donné par l’enfant prodigue. Et cet enfan-con était en train de me ravir la seule amitié masculine que j’avais : Rémi regardait Tommy comme la réincarnation d’Arès, un dieu de la guerre, un général qui le mènerait au sommet de la pyramide de la popularité de l’école Ste-Thérèse. Peut-être même de toute la commission scolaire.

Rémi :- Viens, on va aller boire avec, il m’a dit qu’il m’en donnerait!

Je sentais qu’un refus serait un pas de plus vers l’exclusion. Un pas de trop. Il fallait devenir proactif : je devais boire. Je suivis donc Rémi vers le petit cercle qui s’était créé sous l’escalier. Tommy était accoté au mur, le bras par-dessus Flo qui elle aussi était obnubilée par Tommy et sa masculinité, des étoiles pleins les yeux. Je m’assis donc avec eux, bien déterminé à laisser ma marque. Ça ne devait pas être bien difficile, être cool. Juste à réfléchir un peu. Avec de la jugeotte, on devrait être capable de tout. Je n’avais qu’à penser à un plan.

Facile, j’allais boire plus que lui.

Tommy :- À Noël, j’ai bu la moitié d’une bouteille comme ça en une heure.

Rémi :- Ah ouais!

Flo :- T’étais tu saoul?

Tommy :- Pas vraiment. Mon père était plus saoul que moi.

Le coma éthylique du patriarche devait vraiment remplir Tommy de fierté.



Ulysse, partie 1
août 11, 2008, 3:04
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J’avais les oreilles décollées. Le genre d’oreilles décollées qui bougent au vent, pour de vrai. Une brise trop forte et mes oreilles bougeaient. Et ce n’était pas seulement moi, les gens le remarquaient, c’est tout dire. J’avais sauté une année à l’école, je gagnais des tournois d’échecs contre des adultes, j’avais un QI de 155, mais ce pourquoi on me connaissait, mon highlight, c’était mes deux belles grandes voiles, ces deux oreilles qui me propulsaient au près serré vers la débandade socio-scolaire de niveau primaire. On m’appelait Sir en faisant la révérence devant moi. Drôle. Et en se relevant, on rajoutait d’oreille et on partait en riant. Très drôle. Plein d’esprit. J’en riais, vraiment. Je riais parce que pendant qu’eux pondaient des blagues auxquelles même le plus jovial des ORLs ne sourcillerait pas, moi je lisais Kerouac ou Eco ou j’écoutais Pasolini ou Kubrick ou je faisais les impôts de mes parents. Moi, je faisais. Eux regardaient encore leur petit pot avec nostalgie. Reste que oui, j’avais de grandes oreilles et ça me complexait.

Pourtant mon hérédité n’était pas en cause. Ni mon père, ni ma mère n’avait de grosses oreilles ; ils avaient même de très belles oreilles de proportions normales, tous les deux. Ma mère me disait, pour me rassurer, que mes oreilles faisaient de moi un garçon spécial. Et moi je lui répliquais que c’était mon cerveau qui faisait de moi une personne spéciale. Elle ne disait rien. Je ne lui en voulais pas vraiment, elle jouait son rôle de mère comme elle le pouvait. Moi, j’étais de toute façon déjà plus intelligent qu’elle.

J’avais tout de même deux bons amis, Flo et Rémi. Flo qui avait une poitrine plus que proéminente pour son âge et Rémi qui marchait sur le bout des pieds à cause d’une malformation aux tendons d’Achille. FLGT, Flo-Les-Gros-Tetons, et Bout-du-cul, pour Rémi. Nous formions un trio du tonnerre, le trio des difformes. On peut dire qu’on était dans la moyenne si on se comparait à Émilie La Grosse torche sale ou Félix-qui-pue-de-la-bite. Eux, ils suaient à tous les jours. Pas nous. Flo avait même réussi à gagner un peu de respect de Tommy, le-gars-cool-qui-a-un-quatre-roues-pour-lui-tout-seul en lui faisant toucher un de ses seins en arrière du containeur à déchets. Elle était devenu la nymphe de la cour d’école, image de masturbation de tout ceux qui avaient découvert l’onanisme. Je l’avais surnommée, avec beaucoup d’esprit, la péripatéticienne du deuxième cycle : je riais tout seul. Une foule de gars disaient déjà avoir déché en imaginant ses gros seins dans leurs visages; moi, et ce n’était pas faute d’avoir essayé, je n’avait jamais déché. Je m’étais masturbé frénétiquement à plusieurs reprises, avec de multiples images. Aucun résultat. Je finissais toujours frustré avec le pénis à demi mou dans la main et une irritation due au frottement. J’avais cru un jour avoir un orgasme mais rien n’était sorti. Pas une seule petite goutte blanche : la honte. Parce que Rémi lui, il déchait tout le temps, même que Flo l’avait déjà fait venir en le masturbant sur le lit de sa mère un soir qu’elle travaillait tard. Je n’avais jamais osé demander à Flo si c’était vrai, craignant qu’elle nie tout en bloc et que je me retrouve avec un meilleur ami menteur. Mais je gardais un certain espoir de lui en parler un jour et que la question se transforme en une démonstration bien sentie. Mais en attendant, je restais Ulysse-les-grosses-oreilles-qui-tire-à-blanc.

_____

J’avais depuis longtemps l’idée de me faire recoller les oreilles. C’était courant, je connaissais une fille qui se l’était fait faire. J’en avais souvent discuté avec mes parents mais j’avais, à chaque fois essuyé un refus. J’étais né comme ça, on ne changeait pas son corps comme on le voulait, Dieu m’avait conçu ainsi, ça serait un péché mortel, etc. La foi inébranlable de mes parents dans le dogme catho m’empêcherait de changer le seul défaut que leurs gênes de croyants soumis m’avaient légué. LEURS GÊNES, pas le destin. Mais je m’abstenais de tout commentaire sur le sujet depuis qu’un soir, au souper, j’avais fait une déclaration fracassante.

Ce soir-là, mes parents, en bons et fervents éducateurs, me transmettaient leur endoctrinement chrétien en m’inculquant les notions de bases du catholicisme. J’avais déjà parcouru le Grand Livre et je m’étais désintéressé rapidement devant les inepties rapportées par les apôtres et autres récits fantastiques à propos de la Création. Anachronisme, non-sens, redondances, invraisemblances, bref, un mauvais roman mais entouré d’une aura millénaire. J’avais donc décidé, à l’âge de 10 ans, que ma foi irait en l’homme et la science. Donc, pendant que nous mangions de l’agneau, douce ironie, Papa et Maman me racontaient avec joie le miracle de la création. Adam, Ève, le serpent, le péché originel, le jardin d’Eden, la pomme, la colère de Dieu, la côte, etc. Je devais croire que le point d’origine de ma présence sur terre, de la présence de tous les hommes en fait, était due à un couple de naturistes un peu simplets placé dans un jardin par un Grand Barbu. J’avais cessé de croire au Père Noël à l’âge de 4 ans, trouvant qu’une nuit pour distribuer des millions de cadeaux était une incohérence temporelle impardonnable. Alors croire à ça. La naïveté doit se perdre avec la connaissance.

Je me devais de répliquer. Une vraie partie d’échec.

Moi :-Papa, Maman, je crois pas en Dieu.

J’avais décidé de jouer agressif. Silence. Regard de détresse de Maman vers Papa. Papa qui dépose ses ustensiles.

Papa :-Voyons Ulysse, comment peux-tu douter de la plus fondamentale des vérités?

Moi :-Je doute pas, Papa. C’est juste que ça marche pas.

Papa :-C’est blasphématoire ce que tu dis, tu le sais?

Moi :-Pour vous autres, peut-être, mais pour moi c’est rien. J’y crois pas.

Maman commence à pleurer; elle est très sensible.

Maman :-Je savais qu’on en arriverait là. Il lit ben trop.

Maman pleure plus fort. J’ai tenté le coup du berger. Le roi est échec, la reine est en détresse. J’ai l’avantage. Papa regarde Maman d’un air rassurant.

Papa :- Hélène, arrête de pleurer.

Maman arrête de pleurer. Papa est en contrôle lui aussi. Il se doutait bien que cette discussion finirait un jour par arriver. Il est moins con que Maman, Papa. Mais la machine est ouverte. J’ai déjà commencé et reculer serait un signe faiblesse; je continue donc.

Moi :- En réalité, Adam était un organisme unicellulaire et l’histoire de la côte est juste une mauvaise métaphore pour expliquer le principe de la mitose.

Maman, qui affiche un visage d’incompréhension un peu triste à voir, se remet à pleurer.

Maman :- Je comprends même pas ce qu’il dit.

Moi :- C’est des cellules qui se séparent, Maman.

Maman se renfrogne. La Reine est hors-jeu. Mais le Roi ne panique pas. Il est même très calme devant la situation. Mais je sais que ma réplique de mitose a fait très mal.

Je suis fier.

Papa :-Ulysse, je sais que tu lis beaucoup de choses, des articles scientifiques, des livres, mais il faut que tu conçoives que si il n’y a rien en haut de nous autres, la vie à pas vraiment de sens. Est-ce que tu veux vraiment vivre une vie vide?

Moi :- Ma vie est pas vide. J’ai les livres, les films, les échecs, mes amis; pis un jour je vais avoir une famille.

Papa :-Et quand tu vas mourir? Où est-ce que tu vas aller?

Papa attaque et me met échec. Il a touché mon point faible. L’ignorance. Je ne connais rien à la mort. Ou plutôt, tout ce que j’y connais, je l’ai vu dans un film ou lu dans un livre. Je n’ai jamais vécu la mort. Personne que je connais n’est mort, pas même un chien ou un chat. Toute ma famille pète la santé. Parents, grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousine, voisins. Personne de mort, tout le monde respire. Et la mort, ça me fait horriblement peur. Je bafouille.

Moi :-Euh……………… À côté de vous?

Coup d’esprit trop morbide pour Maman qui se lève en pleurant et sort de la salle à manger. J’ai fait pleurer Maman. Un coup de trop. Trop frondeur pour Papa. C’est son jeu d’échec après tout. Au bout du compte, il fait bien ce qu’il veut. Mon Père se lève brusquement, me prend par le bras et me lance dans le corridor. Il rugit.

Papa :-Dans ta chambre. Et tu y restes.

La partie est finie, j’ai perdu.



technique
mai 22, 2008, 2:17
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Assis devant ma première date en un an. Un an, criss.

Est vraiment cute, jme demande vraiment pourquoi j’ai pas fait ça avant. Ça marche bien, jusqu’à date; mes sourires marchent, mes petits yeux aussi. Une bière et demie d’engloutie, la petite joie l’fun pétille dans l’ventre.

Même pas de bière, je la trouverais belle.

Je m’était dit que je recommencerais lentement, avec une 4-5 bières, pour me donner une chance après si longtemps. Mais elle, c’est une pas de bière. Si je bois maintenant, c’est pas pour la trouver belle, c’est plutôt pour me dégêner.

On parle de tout et de rien, on rit un peu, on fait des petits silences cutes, le genre de silences dont elle dirait plus tard: “même les silences étaient le fun!”…. Mais honnêtement, ces silences là y m’emmerdent. Mais bon, à la limite, je suis prêt à bien des choses pour une botte. Surtout une comme celle-là.

-T’es vraiment jolie, tu sais…

J’ai dis ça négligemment. Un peu gêné, avec les yeux et un peu cochon, avec la bouche. C’est un truc que ma mère m’a donné. Elle m’a dit que mon père l’avait eu comme ça.

Beau souvenir. Sont pu ensemble.

Ce truc là, c’est de la pisse d’orignal en forêt: ça attire la femelle.

Je suis sur le point de closer.

-Écoute, je fais pas ça d’habitude… mais j’ai le goût de t’embrasser. J’ai envie qu’on sorte d’ici et qu’on s’embrasse.

Elle rougit.

Ce truc là, il est de moi. Tu lui annonces ce que tu vas faire, mais tu le fais pas. Tu la laisses faire. Tu la raccompagnes jusque chez elle, mais tu fais rien, juste sourire. Là, la fille se demande ce qu’elle a fait de mal, si elle t’a turner off. Ça tourne trop vite dans sa tête. Habituellement, ça finit par elle qui te regarde la bouche entrouverte, en fixant ta bouche, le coeur qui bat vite. Tu restes fixe, tu la fixes dans les yeux et tu souris lentement. La plupart du temps, elle t’avale tout rond.

-On y va?

Elle sourit. Je me lève. Elle me regarde mais un filet de sang lui sort du nez.

-Ton nez…

Elle éternue. Pas sur moi. Sur la femme assise à côté.

(Elle) – Merde.

(Moi) – ….. (j’me retiens de sourire)

La femme pousse un cri de dégoût; elle a le visage rempli de petits point rouges.

(Elle) – Je suis désolé. (Vers moi) Ça m’arrive tout le temps quand je suis nerveuse.

Elle sourit, mal à l’aise.

Moi, c’est pas que j’aime pas le sang, mais la tête penchée par en arrière, le sang sur la bouche, pas sur que j’ai encore le goût de l’embrasser. Elle blanchit. Le sang se met à couler de plus belle, sur le plancher maintenant.

(Elle) – Fuck….

La femme d’à côté se lève, les yeux pleins d’effroi.

(Femme) T’as tu une maladie.

Ma date fait signe que non.

Ensuite, elle vomit du sang. Beaucoup de sang. La Femme crie. Les gens se tassent. La Femme panique. Elle crie au sida, à l’ébola, à l’hépatite.

Ma date me regarde, moi, stoïque, de marbre, probablement beau même, dans ma grandeur immuable, mon sang-froid.

Et dans ses yeux, je vois ce qu’elle me dirait, si elle pouvait parler. “Tu veux plus m’embrasser, hein?”

Effectivement. Non. Je veux plus t’embrasser.

Un an pour ça.

Et merde….



Roulières
mai 20, 2008, 2:37
Classé dans : nouvelle

Aquaplaning.

Le steering tourne dans l’beurre. Faut pas freiner, juste laisser ralentir le char tout seul.

Shit, le cul part à droite. Juste un p’tit coup de gas.

Traction avant de marde, ça marche pas. Tourne un peu à droite, crampe un peu à droite. Criss, la route est dans la vitre de l’helper.

Des phares.

Fuck.

Fuck.

Un coup de brake, viser le clos.

Pas de face-à-face. Pas de face-à-face. Pas de face-à-face.

La lumière des phares passent dans les gouttes d’eau plaquées sur la vitre. Pleins d’étoiles. Pourquoi ça ralentit pas?

Pompe les brakes, pompes les brakes. Trop tard.

Aquaplaning. L’autre char. Lui aussi. Ostie de roulières de marde.

Perd ses lumières. Y dérape lui aussi. Y tourne, j’tourne aussi. On va se pogner.

Criss.

Une seconde. Un peu moins.

Situation inverse. C’est lui qui a mes phares dans face; j’le vois. Criss, j’le vois.

C’est le flo du dépanneur qui fait du pain. Lui qui a tout le temps l’air triste. Lui qui à toujours l’air mal à l’aise de proposer une loterie.

Fuck, y sourit.

C’est la première fois que j’le vois sourire.

Criss, y sourit.

J’me demande quelle face je fais? Je suis-tu en train de sourire aussi.

Non. C’est clair que non. J’ai trop de chose à perdre. J’peux pas être en train de sourire.

Y doit revoir sa vie. Sa première pipe. J’espère. Mourir en revivant sa première pipe…. wow.

C’était quand ma première pipe? Shit, rappelle pas.

C’était quand ma dernière pipe?

Criss, j’m'en rappelle pas non plus.

On va se toucher. Shit. Ma femme. Ma fille. Ma femme, ma fille. Ma mère, mon père.

Ostie…. y sourit encore.

C’est drôle, je suis content de voir qu’il est.

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bipolaire
mai 19, 2008, 6:12
Classé dans : Blogroll

Je suis un bipolaire de l’écriture. Par bout, j’écris beaucoup. Ensuite, plus rien. J’ai des gastroscriptiques: je vomis mes lignes et pas toujours proprement. J’ai essayé de corréler tout ça, de voir ce avec quoi je pourrais relier le tout, avec des moments de ma vie, par exemple. J’ai arrêté assez sec. J’ai trouvé assez sec. Je suis paresseux.

Voilà, c’est dit. Je suis un gros paresseux paresseux. C’est simple. Et je suis content d’avoir trouvé la raison si vite, étant donné mon état.

Mais aujourd’hui, je me fais une promesse. Je vais écrire plus.

Et peut-être que la motivation d’être lu sera suffisante pour continuer. Parce ce que je suis un paresseux paresseux égocentrique. Voilà. C’est redit.

On verra bien.