Le Blog du Chef de L’Entreprise


Pique-nique
janvier 1, 2008, 5:31
Classé dans : nouvelle

C’était vraiment une belle journée pour un pique-nique. Sauf que mon frigo était vide. Juste du ketchup et des cornichons. J’aime ça les cornichons mais c’est juste une coche pathétique au dessus de ce que je peux endurer, manger des cornichons en pique-nique.

J’avais décidé de pique-niquer de toute façon. Mon garde-robe était rempli de bouteilles vides; j’en avais pour au moins 10 piasses. Assez pour un gros chip, deux-trois toppes à l’unité avec une 950ml de bleue dry chaude.

Ça passe mieux quand la bière est chaude, j’ai découvert ça récemment.

Je suis passé au dépanneur, j’ai fait mes achats, avec un saucisson au boeuf épicé en plus. J’avais le budget, jme suis gâté. En plus, c’était la caissière cute qui travaillait. À peu près dix-huit ans, ça passe encore. Mais, elle me regardait un peu bizarre, avec mes bouteilles et ma gueule de lendemain de brosse. Anyway, elle doit être habituée, je suis toujours lendemain de brosse. De toute façon, elle a un chum qui a un char pis un tatoo sur le bras. Je suis pas de calibre. Plotte.

Y faisait de plus en plus chaud, mais j’étais correct, j’avais mis mes shorts. Celle-là que j’avais faite avec des vieux jeans. C’était coupé tout croche, avec des franges qui dépassaient, mais j’m’en crissais un peu, moi je trouvais ça cool.

Je suis arrivé au parc, y’avait plein de monde. En plein lundi. Ça devait être un jours férié pis je le savais pas. La fête de dollar ou une marde de même. Mais, y’avait pas juste des bs là, du vrai monde. Depuis que je suis sur le bs, j’les reconnais plus facilement les autres bs. C’est dans le regard que tu reconnais un bs, c’est pas pareil. Y manque de quoi dans leurs yeux. Une flamme ou de la fierté, je sais pas trop. Dans les miens aussi, probablement. Mais plus le temps passe, plus je m’en calisse d’avoir de la fierté. J’m’en crisse de m’habiller mal, de perdre mes cheveux. Ma vie, c’est ma journée. je vois pas plus loin. Si j’ai un petit bonheur dans ma journée, c’est une bonne journée. Si j’en ai pas, s’pas grave, j’en aurai un demain. Anyway, ça arrive de moins en moins souvent que je m’en rappelle après 9h, de ma journée.

Je m’étais assis à côté d’un gros arbre, mais je m’étais fait piqué le cul par des fourmis rouges. J’me suis trouvé un autre spot, au soleil, un peu plus loin. Y’avait une petite famille pas trop loin. Eux autres, y pique-niquaient pour de vrai. Avec la nappe pis le poulet: le gros kit là.

Y’avaient l’air bien. J’ai ouvert ma 950. J’me suis allumé une top. Moi aussi, j’étais bien.

Le temps que je boive ma bière, ils avaient fini de manger pis les enfants couraient à gauche pis à droite en se lançant de l’eau avec des gros guns pleins de couleurs. Les deux parents les regardaient en s’embrassant de temps en temps. Ça me faisait chier, parce que ma blonde était parti vla un petit bout, quand elle s’est aperçue que je ferait rien de ma vie. Était partie avec le gérant de Provigo où elle travaillait. Un gros criss de cave. Même pas beau. J’avais fourré une couple de fois depuis, mais c’était avec ma cousine, ça fait que je voulais pas continuer trop trop. Parce que c’était bizarre un peu. Elle avait un chum.

Mais j’étais bien. Relativement. Y faisait soleil pis je bronzais. J’allais être beau bronzé. Peut-être bien que quand mon ex me verrait bronzé, elle me trouverait beau. Faudrait qu’elle se rende compte que je suis pas un trou de cul. Ça serait dur. Je suis un peu un trou de cul. Pas trop. Juste assez.

Mais là, juste que je finissais ma dernière toppe, le gars, le père des flos, y se met à s’étouffer avec un morceau de poulet. Je l’avais vu parce que j’avais spotter les restes de leur poulet. Mais lui, il continuait à grignoter. Tant pis pour lui.

Mais là, il s’étouffe encore plus fort. Sa femme se lève, paniquée. Elle se met à crier. “Éric”. “Éric!!!”. Les flos arrivent en courant. Le gars, y’est rendu mauve, les deux main autour du coup. “Quelqu’un”” Au secours!!” Les flos se mettent à brailler comme des flos. Moi, j’me lève, mais je sais pas plus quoi faire debout. À mon ancienne job, il avait payé la formation en RCR, mais j’étais pas allé. C’était un peu à cause de ça que j’avais pu de job, mon boss disait que j’étais une grosse vache, pis y disait qu’il était écoeuré de me voir la face dans la shop.

Là c’est bizarre, parce que j’étais debout, devant le gars qui crevait avec sa famille, pis tout ce que je trouvais à me dire, c’était que ma journée était gâchée. Pas que j’aurais du prendre la formation, que j’aurais pu sauver le gars, que j’aurais encore une job, une blonde, un char. Juste que ma journée était gâchée.

J’avais pu de bière, pu de top, pu de chip, pis pu de petit saucisson au boeuf épicé. Il était juste midi et demi. Le gars s’étouffait presque plus.

Calisse que la journée allait être longue.


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