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Il est descendu de l’avion en même temps que moi. Sans bagage. Seulement une feuille avec des gribouillis dessus dans les mains. Et un air perdu, touchant presque. Il m’a dépassé et est passé avant moi aux douanes. Il n’avait rien à déclarer. Moi non plus d’ailleurs. Ma curiosité m’a poussé à le suivre à distance. Il avançait rapidement, comme investi d’une mission. Les derniers contrôles de sécurité passé, j’apperçu ma copine qui m’attendait, assise sur un banc. Je m’arrêtai pour la regarder, ces 3 mois d’exil à l’ambassade de Copenhague m’avait empêcher de le faire. Je l’ai trouvé belle. Encore. Même après toutes ces années. Elle ne me vit pas. Et l’homme de l’avion s’arrêta devant elle. Et tendit la feuille. Elle releva la tête et prit lentement le papier, qu’elle lut avec intérêt. Lorsqu’elle baissa la feuille, elle regarda l’homme, les yeux pleins d’eau. Elle se leva, prit sa main. Je restai interdit, fasciné. Pendant de longues secondes, elle pleura en silence devant lui. Lui pleurait peut-être, mais puisqu’il était de dos, je ne le vis pas. Puis, lentement, elle s’approcha de lui et l’embrassa sur la bouche. Un baiser amoureux dans un aéroport. Tout ce qu’il y a de plus normal. Et avant même que la jalousie puisse m’envahir, c’était terminé. Elle s’était rassi et l’homme était reparti, les mains vides. Il se perdit dans la foule comme il en était sorti. Ma douce resta sur le banc, la feuille à la main, les yeux rougis. Elle m’annonça, ce soir-là, que nous attendions un enfant. Elle était heureuse. Moi aussi. Je ne sais pas si elle garda la feuille remplie de gribouillis de l’homme mais je ne la lu jamais. Et je ne l’ai jamais questionné sur cet étrange évènement. Elle perdit l’enfant quelques semaines plus tard, probablement à cause du stress qu’une autre affectation à l’étranger provoqua. À Oslo. Je l’aime toujours autant et j’ai très hâte de la voir. Je prends l’avion demain pour le pays. J’ai une affectation dans la capitale. Nous projetons d’avoir un enfant.
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Entouré de mes amis, je regardais dans le vide, devant moi, stoïque. Me demandant si j’avais vraiment l’air aussi con que je pensais que j’étais.
“Probablement” que quelqu’un a répondu. C’était pas adressé à moi, mais je l’ai quand même pris pour du cash.
J’ai cartographié les liens qui nous unissent, mes amis et moi. Je suis de plus en plus casanier et l’envie de voyager me prend de moins en moins souvent.
Dans mon salon ou sur ce patio, je ne me meus plus. Je ne réagis plus. Assis dans mon scaphandre, je n’ai de place que pour moi, mon ego et ma misère outrageusement plurielle. Normale. Une misère qui ne mérite pas d’être partagée tant elle est Banale.
Elle ne mérite surtout pas d’être couchée sur papier. Et c’est tant mieux que mon imprimante soit à court d’encre. Comme ma main.
Facile. Collégien. Moi, un adulte qui se plaint si facilement.
Anodin.
Désolé.
Pour le cliché.
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J’ai échappé une poignée de monnaie par terre. Me suis penché. Resté là une éternité, indécis. Sur le trottoir désert, juste devant mon char. C’est dans des moments comme ça que la solitude nous frappe en plein visage.
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une metaphore
c’est ne jamais regarder
les yeux de l’autre
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Je m’en étais rendu compte graduellement. De vague impression au départ, c’était devenu une évidence qui me foutait en l’air: le lien télépathique était perdu. Ça ne pouvait signifier qu’une seule chose, qu’elle était morte.
Ça semblait impossible. Comment a-t-elle pu mourir sans que je le sache, sans que je le sente ou que je le rêve? Un lien si fort, si pur que le shaman avait dit.
Ce shaman qui avait pris nos mains et qui les avait unies, sous un ciel étoilé de juillet. Il avait dit quelque chose d’incompréhensible, quelque chose de beau, puis une étoile filante, grosse, lente, était passé au-dessus de nos têtes.
Le shaman avait dit qu’on s’aimerait jusqu’à que la mort nous séparerait. Qu’on serait uni jusqu’à ce qu’on meure. On était plus ensemble depuis un an.
N’empêche que j’y croyais moi, à ce lien. Je rêvais à elle la nuit, et la journée aussi. Quand je faisais l’amour à d’autres, c’est à elle que je pensais. Quand elle le faisait avec d’autres, je sentais qu’elle pensait à moi.
Donc, elle ne pouvait qu’être morte, je ne sentais plus rien.
Deux jours après cette épiphanie, je l’ai vu en marchant dans la rue. J’ai couru jusqu’à elle.
“T’es vivante”
“Bien oui”
“Je croyais que tu étais morte, je sentais plus le lien et je croyais que tu était morte”
Elle m’a regardé. Un regard plein de d’autres choses que de l’amour. Un regard vide.
“Comment ça se fait que le lien est pu là?”
“Je t’ai oublié, c’est tout”
Et elle est repartie. Bien vivante. J’aurais presque mieux aimé qu’elle soit morte. Ça aurait été plus facile, probablement…..
Et puis ça m’est venu. Il n’y avait pas de lien. Mon père m’a dit un jour: “Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous”. C’est plutôt l’inverse. Juste du hasard, souvent des mauvais hasards.
Comme celui d’être au même endroit qu’un indien qui a pompé trop de gazoline, ou de colle.