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Jour 21. Ma main au feu. J’en suis sur. C’est tellement évident. Elle m’aime.
Jour 24. Le week-end m’a ramené sur terre. Elle ne semble plus si amoureuse. Elle a du baiser avec un autre type.
Jour 25-AM. Intercepté une conversation avec une collègue. Elle a dit le mot “queue”. Vulgaire.
Jour 25-PM. Elle m’a souri. Repense au mot “queue”. Érection. Je lui écris un mail. Lui demande si elle a un film a me conseiller. Hésite 10 minutes avant de l’envoyer, revise pour être sur de n’avoir rien mis de compromettant. Envoi.
Jour 27. J’actualise ma boîte de réception au 2 minutes depuis deux jours. Rien. Elle doit penser que je vais l’inviter. Je me dis aussi qu’elle ne la peut-être pas lu. J’ai “queue” qui me tourne dans la tête.
Jour 27 (2). Toujours rien. je me lance des défis: ne pas actualiser pendant une heure. Ça marche. Entre 2 panneaux de mon cubicule, je la vois devant la photocopieuse. Elle échappe un truc et se penche pour le ramasser. Elle est en jupe. Elle se penche d’une manière inconfortable, sans plier les genoux. Bizarre. Pourtant personne ne la regarde, le bureau est presque vide. Elle doit avoir des problème de genoux.
Jour 28. Vendredi. Un message d’elle dans ma boîte. Étrange puisque j’ai quitté le bureau après elle et que je suis arrivé avant. Est-ce qu’elle aurait accès au serveur à distance? Peut-être qu’elle couche avec le technicien?? Elle me répond que le dernier film avec Will Smith est excellent. C’est tout. Pas une seule explication sur le pourquoi qu’elle a pris une semaine pour me répondre. Elle a un goût de cinoche merdique. C’est sûrement un test. Elle me provoque. J’aime ça.
Jour 31. Elle m’a demandé si j’avais eu un bon weekend, en souriant. Je lui ai répondu que oui, que j’avais vu le film avec une copine et que j’avais bien aimé. J’ai glissé négligeamment “copine”. Elle n’a pas bronché. Elle est bonne.
Jour 32. Rien.
Jour 33. Rien. Pire qu’hier.
Jour 34. Elle me sourit à la machine à café. Belle journée.
Jour 35. Elle n’est pas là. J’apprends qu’elle a été congédié. Elle volait du matériel, la nuit. Le technicien a aussi été congédié. Merde.
Jour 1. Une nouvelle temporaire a été engagée. Jolie. Un peu grassette, mais avec de très beaux yeux. Elle m’a souri.
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Je travaille entouré de femmes. Uniquement de femmes. En plus, je suis le plus jeune. Et ça commence sérieusement à me ronger le frein.
Aujourd’hui, je me suis surpris à m’attendrir sincèrement devant un forward de photos d’animaux croqués sur le vif: une maman giraffe qui embrasse son petit, des canetons qui suivent une chienne comme leur mère, etc… Autour de moi des petits cris d’émouvanceté surgissaient quand, horreur!, je m’apperçut que, moi aussi, j’en lançait…
Pire. L’autre jour, au dîner, la conversation a dérivé sur le sujet des tampons. À table. Venant de la bouche de femmes entre 30 et 50 ans. Moi. Seul homme. Qui participe presque même. Un instant. Puis. Black out. Je suis allé fumer une clope. Pour m’éviter de lancer sur un ton nonchalant:” Est-ce que vous vous rendez bien compte que présentement, j’imagine pour chacune de vous, une petite ficelle sortant de votre vagin?”
Je suis chanceux de fumer. Ça aurait probablement fini en carnage. Elles contre moi, petit insolent. Mais je me suis retenu. Je m’affaiblis.
Avant, j’aurais lâché une répartie cinglante.
Maintenant, les forwards d’animaux cutes me ramolissent trop.
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Huit heures de char. La frontière, le speeding ticket juste avant de la traverser, la guigne. Je me suis endormi avant le décompte de la nouvelle année, le voyage et ses souvenirs m’ont fatigué. Jétais dans mon lit au changement d’année, seul dans mon appart froid, mais tellement bien sous les couvertures, l’oreiller contre le coeur, une main ouverte entre les cuisses et un sommeil qui vient si vite.
La soirée n’a pas été un désastre, malgré la solitude. À 90 degrés sur le divan, je suis tombé sur un jeune Hugh Grant et une tellement belle Andie McDowell qui se flirtaient lors de quelques mariages. Passer la soirée du nouvel an devant le film qui a construit mon idéal romantique m’a tout de suite semblé un excellent plan.
L’instant d’un moment, j’ai eu peur. J’étais couché, le 31 décembre, devant un film romantique des années 90, seul, célibataire à la dure, et j’étais bien. Oui, j’ai eu peur. Étais-je devenu celui qui n’a besoin de personne, le sauvage par excellence qui se complet dans sa solitude et son discours intérieur? Allais-je finir avec un chat, en robe de chambre verte en ratine, une clope au bord de la gueule, devant mon clavier à écrire (ou faire semblant)?? Et puis le moment s’est fini, Andie McDowell s’occupait à me faire rêver.
Ah, Andie!! Si je pouvais en trouver une comme elle….
À 90 degrés sur le divan, à 90 degrés dans mon lit, je me suis souhaité une bonne année. Pendant que le reste du monde la souhaitait à quelqu’un d’autre.
Et je l’ai souhaité à Andie, restée jeune et tellement belle…
Et je l’ai souhaité à Mon Andie, où qu’elle soit, qui qu’elle soit….
Et j’ai dormi, avec les néons d’Atlantic City, tellement bien dans mon lit, avec mon oreiller comme ami, remplaçant Andie….
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Dans les fentes du plafond de ma chambre se cachent les réminiscences de mes amours passés. Sous les couches de peintures fossilisées, dans les interstices sentant latex et huile, les souvenirs restent. L’odeur déplacée par une caresse lors du plus beau moment d’un couple perdu s’y loge. Trois ou quatre effluves non respirées échappées dans un moment d’inadvertance sont montées, obéissant aux lois naturelles des courants d’air. L’élévation de la température ambiante lors d’une baise empreinte d’une tendresse animale a suffi a créé la bulle de peinture que je viens de trouver. Cette bulle que je contemple maintenant depuis une heure, cherchant le moyen de récupérer son contenu, les dernières molécules de ma belle, de celle que j’ai perdu, qui m’a perdu.
Le solvant me brûle le nez et je m’inquiète soudainement de l’action qu’il pourrait avoir sur l’objet de mon action. Pourrais-je gaspiller ce dernier vestige physique de notre relation par une malencontreuse manipulation? Et si la dernière molécule du creux de son cou se fondait dans l’arôme aigre du solvant? Et si je gâchais tout?
Debout, contemplatif et immobile, je reste indécis, la bulle d’odeur devant les yeux, blanche et picotée. Quel est le mieux: la gâcher en essayant ou la garder sans l’avoir? Je redescends de ma chaise, solvant à la main et résolvant du même coup mon cruel questionnement.
Couché sur mon lit, je la vois. Elle me rassure et me réchauffe. Elle est là, je le sais. Elle est là, à quelques pieds de moi. Elle dort avec moi. Je la sens. Je la garderai là. Comme la dernière balle dans le barillet qui t’attend, qui te donne la sécurité qu’en un instant, tout peut finir. Car je sais que si un jour je réussis, je réouvrirai ce que j’ai mis tant de temps à enfouir. Je me redéchirerai le coeur. Je me tuerai à nouveau.
D’un seul mouvement de diaphragme, d’une seule respiration, je sentirai tout.
Puis, je ne ressentirai plus rien.
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C’était vraiment une belle journée pour un pique-nique. Sauf que mon frigo était vide. Juste du ketchup et des cornichons. J’aime ça les cornichons mais c’est juste une coche pathétique au dessus de ce que je peux endurer, manger des cornichons en pique-nique.
J’avais décidé de pique-niquer de toute façon. Mon garde-robe était rempli de bouteilles vides; j’en avais pour au moins 10 piasses. Assez pour un gros chip, deux-trois toppes à l’unité avec une 950ml de bleue dry chaude.
Ça passe mieux quand la bière est chaude, j’ai découvert ça récemment.
Je suis passé au dépanneur, j’ai fait mes achats, avec un saucisson au boeuf épicé en plus. J’avais le budget, jme suis gâté. En plus, c’était la caissière cute qui travaillait. À peu près dix-huit ans, ça passe encore. Mais, elle me regardait un peu bizarre, avec mes bouteilles et ma gueule de lendemain de brosse. Anyway, elle doit être habituée, je suis toujours lendemain de brosse. De toute façon, elle a un chum qui a un char pis un tatoo sur le bras. Je suis pas de calibre. Plotte.
Y faisait de plus en plus chaud, mais j’étais correct, j’avais mis mes shorts. Celle-là que j’avais faite avec des vieux jeans. C’était coupé tout croche, avec des franges qui dépassaient, mais j’m’en crissais un peu, moi je trouvais ça cool.
Je suis arrivé au parc, y’avait plein de monde. En plein lundi. Ça devait être un jours férié pis je le savais pas. La fête de dollar ou une marde de même. Mais, y’avait pas juste des bs là, du vrai monde. Depuis que je suis sur le bs, j’les reconnais plus facilement les autres bs. C’est dans le regard que tu reconnais un bs, c’est pas pareil. Y manque de quoi dans leurs yeux. Une flamme ou de la fierté, je sais pas trop. Dans les miens aussi, probablement. Mais plus le temps passe, plus je m’en calisse d’avoir de la fierté. J’m’en crisse de m’habiller mal, de perdre mes cheveux. Ma vie, c’est ma journée. je vois pas plus loin. Si j’ai un petit bonheur dans ma journée, c’est une bonne journée. Si j’en ai pas, s’pas grave, j’en aurai un demain. Anyway, ça arrive de moins en moins souvent que je m’en rappelle après 9h, de ma journée.
Je m’étais assis à côté d’un gros arbre, mais je m’étais fait piqué le cul par des fourmis rouges. J’me suis trouvé un autre spot, au soleil, un peu plus loin. Y’avait une petite famille pas trop loin. Eux autres, y pique-niquaient pour de vrai. Avec la nappe pis le poulet: le gros kit là.
Y’avaient l’air bien. J’ai ouvert ma 950. J’me suis allumé une top. Moi aussi, j’étais bien.
Le temps que je boive ma bière, ils avaient fini de manger pis les enfants couraient à gauche pis à droite en se lançant de l’eau avec des gros guns pleins de couleurs. Les deux parents les regardaient en s’embrassant de temps en temps. Ça me faisait chier, parce que ma blonde était parti vla un petit bout, quand elle s’est aperçue que je ferait rien de ma vie. Était partie avec le gérant de Provigo où elle travaillait. Un gros criss de cave. Même pas beau. J’avais fourré une couple de fois depuis, mais c’était avec ma cousine, ça fait que je voulais pas continuer trop trop. Parce que c’était bizarre un peu. Elle avait un chum.
Mais j’étais bien. Relativement. Y faisait soleil pis je bronzais. J’allais être beau bronzé. Peut-être bien que quand mon ex me verrait bronzé, elle me trouverait beau. Faudrait qu’elle se rende compte que je suis pas un trou de cul. Ça serait dur. Je suis un peu un trou de cul. Pas trop. Juste assez.
Mais là, juste que je finissais ma dernière toppe, le gars, le père des flos, y se met à s’étouffer avec un morceau de poulet. Je l’avais vu parce que j’avais spotter les restes de leur poulet. Mais lui, il continuait à grignoter. Tant pis pour lui.
Mais là, il s’étouffe encore plus fort. Sa femme se lève, paniquée. Elle se met à crier. “Éric”. “Éric!!!”. Les flos arrivent en courant. Le gars, y’est rendu mauve, les deux main autour du coup. “Quelqu’un”” Au secours!!” Les flos se mettent à brailler comme des flos. Moi, j’me lève, mais je sais pas plus quoi faire debout. À mon ancienne job, il avait payé la formation en RCR, mais j’étais pas allé. C’était un peu à cause de ça que j’avais pu de job, mon boss disait que j’étais une grosse vache, pis y disait qu’il était écoeuré de me voir la face dans la shop.
Là c’est bizarre, parce que j’étais debout, devant le gars qui crevait avec sa famille, pis tout ce que je trouvais à me dire, c’était que ma journée était gâchée. Pas que j’aurais du prendre la formation, que j’aurais pu sauver le gars, que j’aurais encore une job, une blonde, un char. Juste que ma journée était gâchée.
J’avais pu de bière, pu de top, pu de chip, pis pu de petit saucisson au boeuf épicé. Il était juste midi et demi. Le gars s’étouffait presque plus.
Calisse que la journée allait être longue.
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“Tu cherches encore?”
“Bin oui”
“Câline….t’es vaillant….”
L’un était adossé au mur, fumant un restant de shit, tandis que l’autre continuait à remuer un tas de vêtements gisant pêle-mêle dans le coin d’un appart miteux, donc rempli de mites. L’appart ET les vêtements.
“Criss, c’est où?”
“Arrête donc, tu vois bin que c’est pas là”
L’autre arrêta de chercher et se redressa, regardant son frère avec colère.
“Où c’est que tu veux que ça soit, criss? Elle la gardait toujours dans le garde-robe, tu le sais, criss”
L’autre haussa des épaules en se tournant vers la fenêtre, finissant du même coup le restant qu’il fumait. Il le lança par la fenêtre ouverte et se détourna, bizarrement atteint par ce qu’il venait de fumer.
“Anyway, on peut pas y mettre ça, ça a aucun sens.”
“C’est écrit dans le testament, on peut rien faire, ça fait qu’on fera rien à part ce qui est écrit dans le testament, ok?”
“Correct”
Et il se remit à chercher. L’autre sortit et se dirigea vers la salle de bain, histoire de se passer un peu d’eau sur le visage, histoire de redescendre un peu. Il s’aspergea le visage et, en se relevant, il distingua dans le miroir la robe, dans son enveloppe transparente.
“Je l’ai”
L’autre arriva.
“Kossé qu’a calissait là?”
Il haussa une nouvelle fois les épaules.
Ils la décrochèrent et quittèrent l’appart miteux d’un seul trait. Dans la voiture, ils ne parlèrent pas. Les vitres à moitié ouvertes, ils roulèrent avec comme seul son celui de la robe et de son enveloppe qui bruissait au vent. Les deux savaient la peine de l’autre, la détresse du frère, mais aucun ne parlait, aucun ne désirait se risquer, se compromettre. C’était pas “comme ça” dans la famille. Les émotions, c’étaient des sacres; un coup de poing sur l’épaule, une accolade; un poing serré, tremblant, c’était le deuil.
Au même moment, dans la voiture, une même pensée. Maman. Leur Maman. La Seule qui ressentait au sens premier, le dernier rempart de la tendresse. La seule qui les avait vu pleurer, séparément. Celle qui avait vu grandir les bras, les jambes, les rêves et les peines. Maman était morte. Et elle voulait être exposé avec La robe. Sa robe. C’était bizarre.
“Ça va être bizarre”
“Je sais”
Deux ans auparavant, leurs parents avaient décidé, pour leur quarantième anniversaire de mariage, de renouveler leurs voeux dans une cérémonie simple et belle. Chacun avait composé ses voeux, la famille proche et les amis fidèles étaient invités, on annonçait même une journée exceptionnellement chaude pour un mois d’avril. Un seul bémol, le fleuriste s’était trompé dans l’arrangement du bouquet, mettant de vulgaires roses à la place des nobles tulipes, commettant ainsi une faute impardonnable pour la maman qui tenait superstitieusement à avoir les mêmes choses qu’au premier mariage. La recette avait marché pour les quarante première années, et puisqu’il ne faut jamais changer une recette gagnante. Le père s’était donc précipité chez le fleuriste, prenant, du même coup, le temps d’apprendre ses voeux. C’est rendu à la phrase:”… et je compte bien t’aimer encore quarante autres….” que le pick up d’un jeune étudiant en ébénisterie percuta la porte, côté conducteur, de la voiture du père. Mort sur le coup, avec derrière les yeux, une image de la femme qu’il avait aimé toutes ces années.
Leur mère ne s’en était jamais remise. De mois en mois, ils l’avaient vu faner, perdre ses couleurs, souvent assise devant la télé ou une photo de leur père. L’appartement se délabrait, elle était de moins en moins leur mère.
L’annonce de sa mort ne les avait donc pas surpris, c’était même une délivrance. Elle était allée rejoindre papa, comme elle le souhaitait.
“Je suis sur qu’elle savait qu’elle mourrait, sinon la robe aurait été dans le garde-robe.”
L’autre acquiesça. Ils arrivèrent au salon mortuaire et sortirent rapidement de la voiture avec la robe. Sans un mot, ils entrèrent et donnèrent la robe à l’entrepreneur de pompes funèbres.
Le lendemain, ils reçurent les condoléances, debout à côté de leur maman, habillée de sa belle robe de mariée, blanche dans un cercueil blanc. Pour un homme, un complet dans un cercueil, c’était normal, mais pour une femme. L’image était troublante, mais tout le monde comprenait. Son mari avait été enterré avec son habit de mariage, elle ferait de même pour qu’ils terminent, une fois réunis, ce qu’ils avaient commencé.
Les deux frères firent la paix avec cette image. Leur maman, si belle, dans un beau cercueil, fait avec passion par une jeune ébéniste.
Classé dans : création
Scénariser sa vie est une activité périlleuse. L’inspiration n’est pas quantifiable, ni renouvellable, ni stastistiquement fiable. Le syndrôme de la page blanche prend alors un tout autre sens, une tout autre direction. Unidirectionnelle même. Antidirectionnelle parfois. Surtout. Alors, dans ces périodes de morosité créatrice, je regarde les lettres s’aligner. S’enligner. Et s’effacer, la plupart du temps.